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Toujours les affres de l'insécurité au Mali

8 mars 2022

La transition en place au Mali n'est pas parvenue encore à juguler les conflits dans le nord et le centre. La population malienne souffre de violences, en plus des mauvaises récoltes.

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Une patrouille des FAMA entre Mopti et Djenne en 2020
Une patrouille des FAMA entre Mopti et Djenne en 2020Image : Michele Cattani/AFP/Getty Images

Vendredi dernier, le 4 mars, un camp de l’armée malienne a été attaqué à Mondoro, dans la région de Mopti. Avec 27 morts, sept disparus et 33 blessés côté malien, cette attaque est la plus sanglante depuis le début de l’année au Mali. Elle relance les questions sur l’insécurité qui continue de prédominer dans le nord et le centre du pays, alors que l’armée française et plusieurs de ses alliés préparent le départ militaire et logistique du pays des forces Barkhane et Takuba. 

Sept millions de personnes dans le besoin

Près d’1.150.000 personnes relevaient du Haut-Commissariat de l’Onu aux Réfugiés (HCR), fin janvier, au Mali.

Ce chiffre prend en compte les réfugiés, qui ont fui à l’étranger (plus de 53.700 personnes), les déplacés internes (plus de 350.000 personnes éparpillées dans plusieurs régions du Mali) et ceux qui sont rentrés dans leur région d’origine mais qui ont toujours besoin d’une assistance, principalement dans les régions de Gao, Ségou, Tombouctou.

Réfugiés, déplacés, rapatriés par région au Mali en janvier 2022
Réfugiés, déplacés, rapatriés par région au Mali en janvier 2022

"Ces chiffres changent tous les jours", commente Amy Martin, mais ils ont augmenté par rapport à l’année dernière. Directrice, à Bamako, du bureau de coordination des Affaires humanitaires de l’Onu (Ocha), Amy Martin estime actuellement à 7 millions le nombre de personnes qui, au Mali, auront besoin, en 2022, d’une assistance.

"[L’assistance humanitaire] est basée sur sept secteurs différents", explique-t-elle, "l’insécurité alimentaire, l’assistance nutritionnelle pour les enfants de moins de 5 ans, l’éducation d’urgence car il y a beaucoup d’écoles fermées dans les zones de conflit, l’assistance en eau, hygiène et vêtements et les abris pour les personnes déplacées."

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Peu de pluie et des conflits

Des conflits armés sont notamment encore en cours dans les régions de Mopti, Gao, Niono, un cercle au nord de Ségou, , et ils aggravent les conditions de vie des populations en insécurité alimentaire. 

"Pas mal de personnes se déplacent de manière préventive", constate Amy Martin. C'est-à-dire que "quand ils pensent qu’il va y avoir des opérations militaires ou des attaques, ils s’enfuient avant les violences, mais aussi quand il y a effectivement des conflits, soit entre les groupes armés soit entre les communautés elles-mêmes, cela provoque des déplacements."

>>> Lire aussi : Mali : une nouvelle charte de la transition et toujours des interrogations

Elle précise que les besoins ne sont pas uniformes sur l'ensemble du territoire, mais que beaucoup de Maliens souffrent des mauvaises récoltes et que les besoins en assistance alimentaire sont importants : "La période de soudure va commencer tôt à cause du faible rendement de l’année passée et ça c’est lié à la pluviométrie insuffisante dans toutes les régions du Mali. (...) En plus de ça, l’accès aux champs et aux moyens de subsistance est difficile pour les populations de ces zones de conflit. Plusieurs villages ont été encerclés et les villageois n’avaient pas accès aux champs pour les cultiver."

Parmi les villages qui symbolisent la violence qui continue, il y a celui de Farabougou, dans la région de Ségou. Il a été assiégé pendant des semaines par des djihadistes. Les opérations militaires ne sont pas terminées dans la zone mais Amy Martin raconte que "le gouvernement a pu acheminer des vivres à la population il y a quelques semaines".

A Mopti, du mieux mais les prix augmentent

A Mopti, la situation est plus calme qu’il y a quelques mois encore. C’est ce qu’affirme Moutid Dara, président de l’Association d’aide et de secours aux déshérités du Mali, bureau de Mopti  (ASADES Mali).

Les tensions interethniques entre Peuls et Dogon sont retombées et désormais, les membres de son association peuvent mieux circuler. Moutid Dara constate un changement depuis six mois environ : "Avant, je ne pouvais pas aller à Bandiagara ou Mopti régulièrement, mais maintenant je peux le faire régulièrement. Il y a des patrouilles, les FAMA, la Minusma."

A Mopti, des Casques bleus sénégalais, togolais et asiatiques notamment sont présents
A Mopti, des Casques bleus sénégalais, togolais et asiatiques notamment sont présents au sein de la MinusmaImage : Amaury Hauchard/Getty Images/AFP

Les habitants qui avaient fui sont "en train de revenir timidement", dit-il et il estime que si certains villages se sont vidés, "plus de la moitié" des déplacés est revenue. "Tout ce qu’on veut, c’est la stabilité, le bien vivre ensemble, la paix. Voilà ce que nous sommes en train de rechercher. [...] Naturellement, les sanctions ont un effet. C’est quand même dur. Il y a une augmentation des prix de produits de première nécessité, c’est cher sur les marchés, dans les boutiques."

Kidal et les problèmes des accords de paix

Plus au nord, à Kidal, Hamzata Ag Didi préside l’ONG ADD Kidal Mali. Lui aussi note des "progrès" en matière de sécurité, qu’il relativise toutefois en reconnaissant que c’est un "travail de longue haleine".

Hamzata Ag Didi confirme lui aussi que "le contexte sécuritaire change chaque mois". Il poursuit : "Aujourd’hui, il y a eu la mise en place du Cadre stratégique permanent qui regroupe tous les signataires de l’accord de paix. Tout récemment, ils ont fait une réunion pour dire au gouvernement de transition pour voir ce qui ce passe pour l’accord de paix. Selon eux, l’accord de paix n’est pas une priorité des autorités de transition donc il y a des tensions. Les populations sont inquiètes avec l’arrivée des mercenaires Wagner qui ne respectent pas le droit international, donc il y a des inquiétudes."

Visite d'une délégation du comité de suivi des accords d'Alger à Kidal, en février 2021
Visite d'une délégation du comité de suivi des accords d'Alger à Kidal, en février 2021Image : UNJU Mission in Mali

Dans cette région, ce n’est pas l’armée malienne qui assure la sécurité. Le "BATFAR" (bataillon des forces armées reconstituées) né à la suite des accords de paix de 2015, ne peut pas sortir du camp militaire suite à des dissensions apparues entre les autorités de la transition et les mouvements de la Coordination des mouvements de l’Azawad sur l’application des accords de paix.

>>> Lire aussi : Le coup de gueule de la CMA envers les autorités maliennes

"A Kidal, il n’y a aucune armée, sauf l’armée reconstituée, cantonnée dans le camp de Kidal, confirme Hamzata Ag Didi. Cette armée, personne ne parvient à définir ses modalités de fonctionnement, ni les mouvements armés ni l’armée malienne. Alors elle ne parvient pas à faire ses missions. Son objectif est d’assurer la sécurité des populations. Or aujourd’hui elle est cantonnée au niveau du camp militaire et ça constitue une grande difficulté."

Sahel : au-delà du redéploiement des forces françaises

Son ONG, ADD Kidal Mali, travaille à faire remonter aux autorités les opinions et remarques des Maliens jusqu'aux autorités.

"Les populations sont toujours délaissées. Tout le monde attend l’accord de paix parce qu’il prévoit toutes ces instances-là : la police, la gendarmerie reconstituées mais l’accord de paix de 2015 ne parvient pas à avancer. Il y a une lenteur. Donc aujourd’hui ce sont les populations qui en souffrent. Il n’y a pas de services de sécurité minimums. C’est la CMA qui assure la sécurité dans la région de Kidal. C’est une zone incontrôlée. C’est le passage des migrants, de la drogue, tous les problèmes qu’on est en train de vivre dans le Sahel ont pris naissance dans cette région."

A Kidal, des déplacés internes partis de Menaka et Gao pour fuir les djihadistes sont toujours présents, ajoutant aux besoins en assistance des populations locales.

Et Hamzata Ag Didi déplore que l’action de la Minusma ne soit pas toujours adaptée à ces besoins.  Et il s'interroge : "A quoi bon construire une école ou un centre de santé", dit-il, "si on manque d’enseignants ou de personnel médical pour les faire fonctionner ?"