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RDC : le M23 en déroute face aux "patriotes" congolais

Paul Lorgerie
20 octobre 2023

Des groupes d'auto-défense ont repris des parties du territoire du Nord-Kivu jusqu’alors occupées par le M23. Une reconquête sous le regard passid de l’armée.

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Image d'archive des soldats congolais en patrouille
De nombreux groupes armés impliqués dans les affrontements actuels (...), sous l'étiquette Wazalendo, semblent opérer de plus en plus comme "des supplétifs de l'armée congolaise", précisait début octobre un rapport interne de la Monusco.Image : Alain Uaykani/Xinhua/IMAGO

Kitshanga… La ville du territoire de Masisi sera sans doute le symbole d’une bataille menée par les groupes armés pour recouvrer leur territoire. Sur les réseaux sociaux, les vidéos montrent des combattants célébrant leurs victoires sur l’ennemi. Occupée depuis la fin du mois de janvier, la cité a été reprise après d’âpres combats entre les rebelles du Mouvement du 23-Mars (M23) et les groupes loyalistes dits Wazalendo, "les patriotes" en kiswahili, une constellation de groupes armés auparavant revêche à l’Etat central.

"Depuis que les Wazalendos sont ici, nous sommes tranquilles, nous prions pour que le M23 ne revienne pas", témoigne Sylvie Amahoro, habitante de Kitshanga. Depuis, l’armée congolaise est venue sécuriser la ville. Le gouverneur militaire par intérim, le général Peter Cirimwami, a demandé dans une lettre datée du 14 octobre, aux administrateurs et cadres territoriaux de retourner à leurs postes d’attache.  

Un combattant du mouvement M23
Officiellement, l'armée respecte le cessez-le-feu face au M23. Mais de nombreux témoignages d'habitants et des sources sécuritaires affirment que les FARDC appuient militairement les "wazalendo" (nom populaire donné aux miliciens alliés contre le M23).Image : GLODY MURHABAZI/AFP via Getty Images

Un retour de l’Etat qu’observe Guillaume Mutumayi depuis sa fenêtre. Egalement habitant de Kitshanga, il respire "de nouveau un climat de paix". "Nous restons avec les Wazalendo, les soldats de l'EAC (Communauté d’Afrique de l’est - ndlr), et parfois, les FARDC, accompagnés de certains mercenaires blancs, passent des heures ici avant de s'en aller", raconte-t-il.  

Les "soldats blancs"

Depuis janvier, de nombreuses questions entourent l’arrivée toujours croissante de ces soldats étrangers. Les près de 2000 hommes, bien visibles dans le chef-lieu de la province, Goma, ont un rôle de sécurisation de certaines zones, dans lesquelles ils donnent des formations aux soldats congolais. A la manœuvre, l’entreprise Agemira RDC, pilotée par le Français Olivier Bazin, connu pour avoir été impliqué dans des affaires de ventes d’armes sur le continent. Ainsi que Horatiu Potra, ancien légionnaire français, chargé de fournir des instructeurs venus d’Europe de l’Est avec la firme Congo Protection.

C’est donc à leurs côtés que les FARDC se sont rendus dans les territoires fraîchement libérés. Car l’armée congolaise insiste : ses soldats ne sont pas intervenus et il n’y aurait eu aucune violation du cessez-le feu avec le M23, en vigueur depuis mars dernier.  

Pour autant, trois sources indépendantes doutent de la neutralité de l’armée dans la reconquête de ces territoires. Selon elles, des liens, notamment en termes de renseignement et de commandement, existeraient entre les militaires et les milices Wazalendo. Une situation qui inquiète au plus haut niveau. Mardi 17 octobre, l’envoyé spécial des Nations unies pour les Grands lacs, Huang Xia, mettait en garde au Conseil de sécurité sur "le risque d’affrontement direct entre la RDC et le Rwanda - qui continuent de s’accuser mutuellement de soutenir des groupes armés ennemis, le M23 d’un côté, les Forces de libération du Rwanda (FDLR) de l’autre - demeure lui bien réel".  

Le Rwanda, officiellement resté neutre depuis la résurgence du M23, pourrait montrer les crocs : des éléments des FDLR, groupe créé par des hutus qualifiés d’anciens génocidaires par les autorités rwandaises et cauchemar de Kigali, auraient rejoint les Wazalendo et s’approcheraient donc de la frontière rwandaise, donnant ainsi l’occasion rêvée d’apporter une réponse militaire au président Paul Kagame