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Les cicatrices de la guerre en Ethiopie, entre Tigré et Afar

15 juin 2022

En Ethiopie, Abiy Ahmed n'exclut pas des négociations de paix avec les combattants du Tigré. Depuis 2020, les combats ont fait des milliers de victimes. Reportage à la frontière entre les régions du Tigré et de l'Afar.

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Abaala, une ville qui saigne encore
Abaala, une ville qui saigne encoreImage : Mariel Müller/John Irungu/DW

En Ethiopie, le Premier ministre Abiy Ahmed a évoqué hier [14.06.22] pour la première fois de possibles négociations de paix à venir avec les rebelles de la région du Tigré. Le chef du gouvernement a même annoncé qu'un comité avait été mis en place.

Depuis la trêve de mars, les armes se sont tues entre l'armée fédérale et les combattants tigréens, mais le conflit dans le nord de l'Ethiopie n'est toujours pas officiellement terminé.

Une reportrice de la DW, Mariel Müller, a pu se rendre à Abaala, à la frontière entre les régions du Tigré et de l'Afar.

Carte de l'Ethiopie
Carte de l'Ethiopie

Des hommes fidèles au TPLF tigréen y ont attaqué en décembre dernier la localité d'Abala. Mariel Müller a pu se rendre compte, sur place, six mois plus tard, des destructions et des souffrances de la population, toujours omniprésentes.

Paysage de désolation

Avec ses maisons éventrées à perte de vue, Abaala a des airs de ville fantôme. Parmi les survivants de l'attaque du mois de décembre, il y a le maire, Tahir Hassen.

Tahir Hassen, maire d'Abaala
Tahir Hassen, maire d'AbaalaImage : Mariel Müller/John Irungu/DW

Il raconte que les combattants tigréens ont fait du porte-à-porte et n'ont épargné personne : "Ils tiraient à l'arme lourde sur la ville, c'était comme une pluie, témoigne-t-il. Les civils qui étaient ici ont tous été tués. Plus de 225 personnes sont mortes. (...) Ils ont tué les personnes âgées dans leurs maisons. Et d'autres qui tentaient de s'échapper, ils les ont poursuivis et tués."

Tahir Hassen raconte aussi que plusieurs femmes se sont faites violer.

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Des morts, des pillages, des cicatrices

Non loin de là, au cimetière, Mohammed Hussein nous montre des fosses communes. Cet employé de santé communal a aidé à enterrer 58 personnes, dont huit enfants. 

L'hôpital d'Abaala... ou ce qu'il en reste
L'hôpital d'Abaala... ou ce qu'il en resteImage : Mariel Müller/John Irungu/DW

"Ces enfants ont été tués par des bombardements. Nous les avons donc enterrés, explique Mohammed Hussein. Ils avaient quatre ou cinq ans et le plus âgé avait six ans. (...) Ces hommes ont détruit l'hôpital, tout ce qui est utile, comme la machine à rayons X, le laboratoire de chimie et l'autre labo, ils l'ont pris et le reste, ils l'ont cassé. (...) J'ai le cœur lourd. Les mots me manquent. Cela a laissé une cicatrice dans ma vie. Et je n'oublierai jamais cela".

"Je ne veux pas de guerre"

Abeba - c'est un nom d'emprunt - a été emprisonnée quelques jours dans un camp. A son retour chez elle, cette habitante a trouvé sa maison en ruines. Elle ne comprend pas ces pics de violence entre Tigréens et Afars, alors que désormais, les deux camps s'accusent mutuellement d'avoir commis des atrocités.

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"Les deux groupes qui se battent avaient l'habitude de vivre ensemble, comme une famille, se souvient Abeba. Notre religion et notre culture prônent la convivialité. Je ne veux pas qu'ils se fassent du mal, je ne veux pas de guerre."

Et si les combattants du TPLF redescendaient un jour des montagnes où le maire pense qu'ils se cachent ?
Et si les combattants du TPLF redescendaient un jour des montagnes où le maire pense qu'ils se cachent ?Image : Mariel Müller/John Irungu/DW

La peur d'un retour des violences

D'après le maire, les hommes armés ne sont pas loin : ils vivoteraient de l'aide alimentaire dans les collines alentours, en attendant le moment propice pour revenir à Abaala.

La guerre entre les autorités fédérales et le TPLF du Tigré a commencé en novembre 2020. Depuis, des milliers de personnes sont mortes dans les violences et plus de cinq millions de personnes ont dû quitter leur maison en 2021 - un record mondial pour une seule année.

Les capacités d'accueil des camps sont insuffisantes pour tous les déplacés qui s'entassent dans des structures où ils n'ont même pas assez à manger.